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With Krishna's Eyes

With Krishna's Eyes

Dadiji a toujours dit que Meera était dard deewani, folle de douleur. C’ était une maladie parculière, créé seulement poour les poétes et les femmes désbordantes d’ amour. Pas du tout comme Radha, folle d’amour, elle. Repue de baisers, épanouie de caresses, et en demandant toujours plus sans gêne aucune. Je conoissais bien les folles d’amour. Ma mère en était une : elle avait abandonné tout le monde, sa famille, sa carrière, son enfant, just pour suivre mon père dans le monde entier. Attendant qu’il rentre le soir, se nourrissant de rêves toute la journée, et l’aimant toute la nuit. Tout le reste au monde n’était qu’une grande distraction, qui l’éloignait de cette unique satisfaction : aimer son homme. Tout, même moi.

Mais être fou de douleur, je ne compris jamais ce que ça signifiait. Parfois je pensais à l’éléphante que mon grand-père avait amenée dans les champs de la maison du village où habitaient des parents. Cette maison et toutes ses pièces, remplies par tant de gens, cousins, oncles et grands-oncles, tantes et grands-tantes. Que de la famille dans cette maison, du moins au rez-de-chaussée.

En fait, c’était aussi notre maison, ou du moins une fois grimpé l’escalier étroit qui menait aux étages supérieurs.  Elle s’élevait parmiles huttes en terre marron et ocres du village, telle un énorme monstre jaune pâle à la tête de tuiles marron rouge. La chambre de Baba était tout en haut. C’était une grande salle tapissée de vieilles photographies et d’armes poussiéreuses. Un grand bureau en gradait l’entrée, et les hautes fenêtres permettaient une vision en demi-cercle sur les alentours du nord de la ville.

En franchissant les fenêtres on arrivait sur un miniscule balcon duquel on pouvait clairement voir jusqu’aux manguiers qu’on cultivait au loin.  Le côte sud de la pièce ètait aussi pourvu d’une fenêtre, une grande porte-fenêtre qui montait jusqu’au plafond, décorée d’un lambrequin d’acajou, et dont les vitres étaint magnifiquement gravées. Sauf que la fenêtre au sud ne s’ouvrait que su le vide. Juste une chute du haut de deux étages sur les dalles dures et régulières de la cour. « Est-ce que c’est une fenêtre-piège ? Pour avoir les ennemis ? » j’avais demandé un jour à Baba. L’idée l’avait fait rire.

« Je n’y avais pas pensé, mais maintenant que tu le dis, on pourrait peut-être essayer de trouver un ennemi pour le passer par la fenêtre », avait-il dit d’un ton sérieux après en avoir ri. Par la suite nous avoins essayé pendant des semaines de trouver la victime potentielle qui passerait par la fenêtre du côte sud avant de décider que tous les ennemis de Baba vivaient en ville. Et à moins de faire venir l’un d’eux au village, la fenêtre allait devoir se passer d’inauguration par un ennemi.  A côte du bureau de Baba, une volée de marches étroites s’élevait jusqu’au point culminant du village : le toit, qui n’était pas penché mais plat, et la seule partie de la maison dotée d’un plafond de ciment au lieu de ces tuiles rouges. « L’ endroit le plus haut à sieze kilomètres à la ronde »,  me dit Baba un jours alors qu’il m’aidait à installer une longue-vue qui prouverait cette affirmation. Du toit, j’avais vu courir au loin la route conduisant à la ville, traversant les rues, au-delà de la plantation de manguiers. Elle était vide, alors, presque inusitée. Maintenant, une longue file de camions, de bus, de chars à bœufs, de voitures et de 4X4 Sumos luttaient cahin-caha pour s’y frayer une voie dans le deux sens. « Ca sera bientôt la Grande Nationale »,  m’avait écrit Dadiji  à New York.

Et c’est de ce toit que j’avais regardé en silence, quand Bela la vieille éléphante était devenue folle et avait brisé ses chaînes. Elle avait piétiné les champs, barrissant sauvagement alors qu’elle saccageait tout. Dans sa rage elle avait même réussi à fracasser la batteuse presque neuve, qui brillait encore. Les dégâts avaient fait rire Baba, qui avait promis aux fermiers de leur rembourser tout ce qu’il faudrait pour remettre leur champs en état. « Encore mieux qu’un film ! Encore mieux que cinquante films ! Encore mieux que cette andouille de lutteur politique dans son habit de singe ! » avait-il crié à pleins poumons, secouant le village de son rire.

Mais c’est quand Belas’était dirigée vers la mansion et les huttes de terre battue tout autour, ce qui était plus grave, que Baba avait décidé qu’elle en avait assez fait. Soit on la calmait, soit on la tuait. « Elle s’est blessée ? », avait-il demandé au cornac en attrapant le fusil que Mohan lui tendait.  Mais dans sa folie, Bela avait piétiné son cornac, et ce dernier était déjà mort, alors aucun des autres n’osait approcher l’animal.

Baba avait crié aux hommes de se rassembler dans la cour. « Quand ton arrière grand-père hurlait, sa voix portait à neuf kos dans les champs, vingt-six dans les clans. Ton Baba a la voix forte, mais ce n’est rien à côte de son père. » m’avait murmuré à l’oreille une parente du village alors que j’étais petite.

«C’est ça, être dard deewani ?  j’avais demandé à Dadiji en me glissant près d’elle, sur le toit d’où elle regardait Bela se déchaîner à travers champs. Pour seule réponse elle m’attira à elle et prit mon menton dans sa main, me tenant si près d’elle que ma joue frottait contre la soie lourde de son sari.

- Hmmmm...
Les mailles d’or de ses lourds ardhakardhani me rentraient dans les tempes.

Je levais les yeux vers elle. Des larmes coulaient sur ses joues marquées de sillons.
- Bela était la dot de ma mère, tu sais, dit-elle d’une voix proche du murmure. Je l’ai amenée ici avec moi quand j’ai épousé ton Baba. Elle a supporté mon howdah jusqu’ici...
Je partageais les souvenirs de Dadiji, qu’elle m’avait si souvent contés. Les mille pièces d’or que son père avait portées sur des plateaux d’argent pour les fiançailles, une procession de deux kilomètres. Et qui en avait fait trois cents jusqu’à son village.
- L’aller-retour et le mariage leur avait pris presque deux mois. »

Et lorsque l’heure était venue pour Dadiji de partir pour sa nouvelle maison, mon grand-père avait demandé au père de son épouse de fair accompagner celle-ci par Bela. « Babuji, quelque chose qu’elle connaît l’aidera à s’habituer », avait-il murmuré.  Mieux que tous les serments d’amour qu’il aurait pu prononcer, ce geste lui ouvrit le cœur de Dadiji. Puis, bien des années plus tard, Bela avait gagné la course jusqu’à la maison de ma mère quand Baba avait formé la procession pour le mariage de mes parents. Elle avait été ma première amie, alors que Dadiji me tendait vers elle à bout de bras pour inspection. « Tu vois, Bela, voilà enfin une fille dans la famille. »

Mais maintenant, Bela était devenue folle dans ses années de vieillesse et de sagesse. D’une douleur que nul ne pouvait discerner, faute de l’avoir vécue.  « Abha, qu’est-ce que je peux fair ?  »  La voix de Baba était enrouée d’avoir trop crié. A chaque seconde qui passait, Bela se rapprochait du cercle que formaient les huttes de terre serrées les unes contre les autres autour de notre maison.

-  Fais ce que tu dois faire, ji, avait répondu ma grand-mère, d’une voix calme, régulière et étrangement forte. Alors Baba a tiré.  La détonation puissante fut suivie d’un barrissement sauvage, et ma grand-mère serra mon visage contre son sari, me détournant les yeux des champs.  Puis le silence. Un long silence, plein de douleur et de tristesse. Puis Baba s’était éliogné, descendant l’escalier.  « Je la ferai enlever, avait-il dit à mi-voix alors que ma grand-mère se tenait là, immobile comme de la pierre. Abha ?
-  C’était le seule solution, ji », avait-elle murmuré, sa voix s’accrochant juste un peu sur le mot. Mais plus tard, elle avait pleuré pendant plusieurs jours, seule dans son coin, assise. Baba était resté proche, mais se tenant loin d’elle. Moi, j’avais peur, jusqu’à ce qu’elle m’attire à elle et me prenne sur ses genoux.

« Tu vois, Krishna, nous devons d’abord faire notre devoir. Suivre dharma, le droit chemin. Et la plupart du temps, cela nous fait souffrir. Mais aimer quelque chose ne veut pas dire abandonner le droit chemin, m’avait-elle expliqué en me serrant fort, tout contre elle, les larmes ruisselant de ses yeux et des miens. Il fallait arrêter Bela, tu le comprends, non ?

J’avais hoché la tête contre sa poitrine, sentant la douceur de son sari contre ma joue et sur mon menton la morsure du collier d’or qu’elle ne quittant jamais.
-  Quand je serai grande, il n’y aura pas de dharma. Je ferai ce que j’aurai envie de faire, avais-je chuchoté sur un ton féroce. C’est alors qu’elle avait ri.

- Ay Krishna, tu es venu parmi nous un jour et tu nous as laissés pour toujours dans ce monde rempli d’injustices. Et maintenant cette Krishna, ma Krishna veut un monde sans dharma.
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